Prépa = corrosif

03 décembre 2007

A toi, potentiel lecteur chéri : La prépa, c'est dur.

Voilà. Je (matricule Maths spé PT) suis en prépa, mon amie Alexandra (matricule Maths spé BCPST) aussi.

Et parce que l'entraide, c'est important, nous allons parler de nos vies en prépa, de nos vies de prépas, de nos vies relativement à la prépa, de nos vies dépendantes de la prépa, et de nos vies pourries par la prépa.
Et le mot important est bien : PREPA.

Nous nous adressons donc aux personnes qui :

- envisagent d'intégrer une prépa (pauvres fous). Ce blog aura alors un rôle préventif, informatif, et un peu, voire beaucoup _ non, surtout _ dissuasif.

- sont sortis vivant d'une prépa (Et il est dommage que les sortis-mort soient morts car ils auraient constitué une sacrée part de notre camembert-lecteurs). Ce blog leur permettra alors de revivre cette période douloureuse de leur vie, dans le but d'en faire le deuil. Oui, car deux années de prépa (3 pour les chanceux), ça ne s'oublie (pré)pas.

- vivent actuellement sous le joug de la prépa (et qui en souffrent terriblement). Ce blog leur apportera alors (et nous le garantissons) un soutien absolu, une compassion éternelle et, pour les blessés les plus graves, un ami fidèle et dévoué.

Le club privé des prépa-injured est désormais ouvert, venez nombreux, nous vous aimons déjà.

Pauline.

Posté par maristou à 22:11 - Commentaires [5] - Rétroliens [0]


04 décembre 2007

Introduction, seconde partie

Bonjour, bonsoir, peu importe.

Une petite présentation s’impose. Comme l’a si justement exposé Pauline, je m’appelle Alexandra, et je suis en prépa BCPST Véto, deuxième année. 

Pour ceux qui ont la chance de ne pas savoir, de près ou de loin en quoi ça consiste, il suffit de peu de mots pour l’expliquer : de la biologie, de la biologie, de la biologie encore et encore de la biologie . A en vomir, à la régurgiter encore, de la biologie à ne savoir qu’en foutre, à en bourrer des classeurs, à en souiller des pages à la centaine , à la manière de moines copistes, soigneux et bovins.

Pour combler les heures sans biologie et sans géologie( une discipline, qui, de l’avis quasi général, entraîne une baisse instantanée de la libido rien qu’à la sonorité du nom) mon enseignement est complété, preuve d’une générosité sans borne du ministère (ou de dieu sait qui s’occupe de ça) par des mathématiques, de la physique, de la chimie inorganique et organique, de l’anglais, du français…du sport…de l’informatique.

Cette énumération suffit à déclencher une faiblesse localisée dans mon index droit.

Passons.

Je tenais à ajouter que ce blog ne sera pas :

_ Un compte rendu de nos lamentables vies sentimentales.

Et qu’il sera probablement :

_Une interminable plainte.

_Un concentré de méchanceté et de propos excessifs.

Car oui, dans notre tristesse, je serais tentée de dire « dans notre cruelle lucidité », nous sommes tranchantes, implacables et condamnons à tout va : professeurs, élèves, système, locaux, nourriture, température, discipline et transports en commun.

Pas de rébellion adolescente, juste un rejet ras-le-boliste de tous ces carcans de paroles et de chiffres, qui, circulaires et redondants, s’enroulent autour de nos gorges et nous asphyxient  tous les jours.

Alexandra.

Posté par maristou à 23:00 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

05 décembre 2007

Le (terrible) TP Colonne d'eau.

Le TP colonne d'eau.

bac1

Un nom qui laisse perplexe n'est ce pas ? C'est tout à fait compréhensible, et, il faut le croire, l'habit du TP colonne d'eau fait le moine TP colonne d'eau.

Voilà un des pires supplices qu'il existe sur Terre. Le supplice de la colonne d'eau. Mille fois plus terrible que le supplice de la goutte d'eau.

Son principe ? Je n'en ai absolument aucune idée, je n'ai rien compris. Je crois que ça parle de hauteurs d'eau à évaluer, de débits d'eau à régler, d'asservissements d'eau et de fréquences d'écoulement d'eau et .. et.. Bref. Aucun interêt.

Son but ? Certainement pas de vous apprendre quelque chose d'utile.
Non.
Non, le TP colonne d'eau est beaucoup plus vicieux. Son véritable but, son but non-officiel, c'est de POURRIR LA VIE des prépas-teenagers. Parfaitement.

Pourrir. Créer des souffrances. Grignotter. Ronger.

Et croyez-en mon expérience, deux heures trente de TP colonne d'eau, ça ne s'oublie pas.
Laissez-moi vous plonger dans le contexte.

Vous êtes SEUL. Seul, avec votre colonne. Il est 16 heures tapantes, un mince filet d'eau apparait dans la colonne. Et Vous savez déjà que les deux heures trente qui vont suivre vont être abominablement longues. Pas si terrible, à première vue, je vous l'accorde. Mais imaginez mieux.
Vous ne faîtes absolument rien, sauf attendre, attendre que l'eau remplisse la colonne. Alors forcément, vous finissez par entrer dans une sorte d'état second, à mi-chemin entre le sommeil et l'éveil, entre la vie et la mort, entre la nuit et le jour, entre le vide et le plein. Vous commencez à mollir, vos paupières se ferment à moitié, un mince filet de bave se pointe à l'entrée de votre bouche, pour faire écho à ce qu'il se passe dans la colonne.

Et là, c'est la décadence. Le processus est enclenché.

Le bruit d'eau du menu ruisselement d'eau s'imprime dans votre subconscient, il agit, perfidement, sur vos neuros-connexions. Vous êtes lentement hypnotisé par cette eau jaunâtre et sale qui effectue une progression cyclique dans la colonne. Alors le temps ralentit. Et votre envie de pisser s'accentue.

Mais vous ne pouvez détacher ni vos yeux, ni vos oreilles, ni même votre vous tout entier, de cette saloperie de colonne d'eau.

Et même après ces interminables heures passées, même après avoir rangé vos affaires, même après être parti, même après être rentré chez vous, et même apres vous être couché, vous continuez à voir cet écoulement. Comme la tâche sombre qui reste imprimée sur l'oeil après avoir regardé trop longtemps vers le soleil.

Ajoutez à ça une écoute prolongée de la chanson des Stranglers "La Folie", et vous êtes bon pour l'asile.

Pauline.

Posté par maristou à 00:44 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]

06 décembre 2007

Troisième protagoniste

J'ai failli oublier de vous présenter le troisième participant actif de ce blog. C'est notre wonder-mascotte. Le personnage qui sommeille en chaque prépa. Mou, abattu, déprimé, flasque, fondant, vouté, enraciné .. bref. Voyez par vous-même.

Menu_Pauline2

Pauline.

Posté par maristou à 14:11 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

08 décembre 2007

Elégance, glamour et sensualité.

Au menu ce soir : Morceau bien saignant de blâme de prépa, servi avec sa sauce à l'amertume.

" - ... Et vous faîtes quoi dans la vie ? Vous étudiez ?
  - Oui, je suis en maths spé. "

Avouez que ça en jette. Chic et choc. Si votre interlocuteur n'est pas très calé prépa, cette réplique va assurément lui engluer la gorge.

Voilà bien la seule chose qui me plait dans cette foutue prépa : Le prestige et la gloire qu'on en tire auprès des autres. C'est terrible, je sais. Futile et méprisable aussi, je sais. Mais que voulez-vous ? Quand vous avez l'impression que tous les éléments se coalisent pour vous pousser au suicide, votre instinct de survie se réveille. Et vous apprenez à vous satisfaire de choses insatisfaisantes.

Bref.
Mais, il y a un "mais". Evidemment. Il y a toujours un "mais". Surtout quand vous êtes en prépa. Il n'y a pas plus de fumée sans feu qu'il n'y a de prépa sans "mais".

Supposons maintenant que votre interlocuteur soit un tant soit peu curieux. Alors là mes amis, croyez-moi, c'est la cata.

" - Oui, je suis en maths spé.
  - Ah ! waou, alors t'es une tête toi et tout, bravo, j'admire (etc etc). Et tu as choisi quelle filière ?
  - Filière PT.
  - ...
  - ...
  - Ah. Filière pété. Je ne connaissais pas. "

LE bide, le vrai. Toute une légende qui s'écroule. En 5 secondes d'intervalle, vous êtes passé de l'état d'être suprème, à l'état de vermine. Et la vermine, on en fait quoi ? On l'écrase.

Filière pété, quoi. L'éducation aurait voulu trouver un nom ridicule de manière volontaire, elle n'aurait certainement pas fait mieux. Je pense être en droit de me plaindre, cette appellation est des plus dégradantes. Je trime nuit et jour pour récolter quoi ? Des moqueries ? Des médisances ? Je dis STOP !

Pauline.

Posté par maristou à 02:35 - Commentaires [7] - Rétroliens [0]




09 décembre 2007

Obscur début.

alex



Le réveil interrompt la nuit, mais je ne sais pas si ça a une grande importance puisque mes rêves sont numéraires et mes songes des algorithmes. Chaque geste matinal est réflexe et malgré tout il est fréquent qu’une encombre s’insinue dans le déroulement rituel des opérations.(Par exemple, la recherche d’une feuille dont la véracité de l’existence est parfois remise en question si la durée de la quête excède le temps qui lui est imparti. )

Quand je déboule dans la rue encombrée de mes affaires avec en moins ce que j’ai oublié, il fait noir. Pas de ce noir apaisant que la nuit déverse comme d’un encrier géant, mais plutôt comme l’ombre épaisse que font les nuages juste avant l’orage. Je me demande machinalement si cette aube grise va s’éterniser pour la journée et il s’avère que c’est généralement le cas.

Sur le chemin, selon ma ponctualité, au moment où je passe en dessous d’arbustes mal taillés qui débordent d’une cours et qui se déploient en parapluie sinistre sur le trottoir, les réverbères choisissent de s’éteindre tous à la fois, comme un mauvais présage hebdomadaire. Routine.

Puis je prend le bus, les autres m’envoient leurs bruits, leurs particules, je pourrais m’étendre durant des lignes sur le sujet, mais je l’ai déjà fait.

Le bus me vomis devant le lycée. Je fais à peine face à la porte métallique que j’ai déjà envie de fuir. Première fois de la journée, et loin d’être la dernière.

Les lycéens fument, jacassent, existent de toutes leurs forces, je les envie autant que je les déteste/méprise pendant que je traverse leur marée bruyante.

Mes pas retentissent dans les couloirs laids et froids, malgré les multiples et empoussiérés radiateurs qui s’égrènent à ma droite, en même temps que les fenêtres crasseuses défilent, à la vitesse de ma progression.

Les radiateurs sont gelés, ou pire, ils sont tièdes, comme une plaisanterie cruelle : les radiateurs ont le droit d’être en vie, mais pour autant on les encourage à ne pas assumer leur fonction, nous réchauffer.

Avant d’entrer dans la salle, je prend toujours une aspiration parce que je ne sais jamais si elle va être pleine ou à demi-vide .Et puis, sur le seuil, avant de pousser la porte, je crois toujours, allez savoir pourquoi, que je me suis trompée d’endroit.

Alexandra

Posté par maristou à 21:40 - Commentaires [6] - Rétroliens [0]

27 janvier 2008

Non

Non, je ne travaille pas après 20h.

Il est de ces périodes où les esprits s’échauffent, deviennent quelque peu belliqueux, où un drame fondamental peut surgir dans l’accalmie ménagée par des brocolis sans saveur.

Si la nourriture était meilleure, nous parlerions moins, et cela serait certainement profitable.

Il est des vérités qu’il est meilleur de ne pas connaître, il existe des révélations futiles qui font mouche, il y a des points de vue qu’on préférerait ne pas entendre.

Notez, que contrairement à ce que je laisse deviner, je n’ai absolument rien contre les divergences d’opinion, elles sont généralement à l’origine des discussions les plus passionnantes.

Ce que je n’aime pas, ce sont les choses trop tranchées, sans modulations.

Il n’y a pas de discussion si on ne laisse pas un peu de ses convictions derrière soi, si on ne permet même pas à l’interlocuteur de penser qu’il a une chance d’emmener un peu de ses idées jusqu’à nous.

Non, je ne travaille pas après 20h.

En voilà une vérité tranchée. Si je la lave de toutes mes prétentions, elle reste là, dans son intégrité formelle, avec en moins le ton de la provocation et de l’autosuffisance qu’elle peut, je l’admet, me conférer.

Ce n’est pas par souci de bougies, de consommation de lampes, non. J’ai pu dire qu’après 20h je manquais de force mais en me sondant de plus près, je suis forcée d’admettre que c’est totalement faux.

J’ai autant de forces à 20h qu’à 7h36, lorsque je monte dans ce satané bus qui m’emmène en ce lieu que je me donne le droit de détester ouvertement : le lycée.

Peut être est-ce une question d’éducation. J’ai eu deux modèles : ma mère, toujours en activité, mon père , ne faisant jamais rien , goûtant à tout pour toujours se lasser, et finissant par revenir à ses activités de base : boire et nous hurler dessus pour des raisons dont même l’astrologie n’arrive pas à donner du sens.

Je ne suis pas sûre d’avoir suivi l’un, ou l’autre modèle. Cela me paraît juste incongru, voir inadmissible , après une journée de 9h enfermée, quasi-muette, statique et aussi vivante qu’une latte de plancher, de rentrer, de travailler, de dîner, de retravailler encore, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à implorer le sommeil de ne pas m’en vouloir et de me prendre.

Oui, c’est tout à fait ça… C’est juste presque inconcevable. Presque pas une vie.

Un refus de ses besoins, de ses envies, au nom d’un pseudo but, d’un pseudo-rêve, d’une pseudo culpabilité.

Je viens de découvrir que ce fait, le fait de ne pas travailler après 20h, était jusqu’à maintenant un énorme refus inconscient . Il veut simplement dire :

" Etudes, vous avez mes jours, je me lève, il fait noir, je rentre, toujours le noir, et dans les salles, des rideaux tirés. Le reste du noir, la nuit en somme, m’appartient. Je conserve mes rêves comme exutoire, et garde toi bien de t’y introduire, prépa. Tu seras toute nette éjectée, comme un vulgaire cauchemar au rabais, dont on ne garde pas le souvenir.

Je refuse tes intrusions, je refuse que tu deviennes mon unique finalité, mon patron de réflexion, suivez les pointillés, et que je m’ouvre mes veines, et que je verse mon sang à ta gloire, et que je peigne ton visage rigoureux avec mes hématies coagulées, que je dessine tes contours avec mes intestins tortueux, à ta gloire, à ta gloire.

Et que je devienne martyre professionnelle, morte d’avoir trop travaillé, d’avoir trop voulu, tuée par son Gemini criquet bourreau de travail, saint sacrifice, au nom du savoir, pleurée, adulée , regrettée, par tous les adeptes, modèle en somme, avec les concours post mortem pour orner la sépulture.

Mon Dieu, que c’est alléchant, et je m’emporte tellement c’est bon, je comprends les chrétiens, le martyr, mais quelle jouissance !

Mais je dis non, et sans façon. "

Mes 20h qui sonnent la fin de l’histoire journalière m’emplissent d’une presque joie qui me paraît bien naturelle.

Aux autres, qui s’offusquent, qui manifestent incompréhension , incrédulité, qui sont à la limite de proférer des malédictions à destination de ma décadence prochaine, je proteste et je tente dans un dernier espoir d’enrayer l’absurde.

Car, je crois, une fois n’est pas coutume, être bizarrement en pleine possession de la normalité et de l’équilibre en abolissant les révisions post-20h. Et je continue à me sentir dans mon droit quand je me plains de mon quotidien, contrairement à ce que j’ai pu entendre.

Je ne m’accomplis pas dans la souffrance, malheureusement ou heureusement pour moi.

Je ne suis ni chanceuse ni tricheuse, et je ne reçoit pas des résultats satisfaisants en ne faisant rien, un mythe tombe.

Je fais, je fais, je fais….avant 20h !

Et je vous conseille à tous, vous qui lisez, d’en faire autant, c’est à dire, de ne rien faire après les 8 coups du soir. Vous allez enfin pouvoir connaître les problèmes digestifs de votre mère, entendre votre frère vous dire de vous taire à l’heure de son programme télévisé favori, vous allez pouvoir passer un coup de fil, digérer, etc. , etc.

On m’a dit : " Si tu travaillais plus, tu aurais de meilleures notes ". Un grand esprit de prépa, voyez vous ça. A force de voir des fonctions linéaires, on finit par croire que tout n’est que proportion, et que la réussite peut se représenter par une droite.

" Travailler plus, pour gagner plus ", on est en plein dedans, et ça me décroche un sourire véhément.

Si on s’appliquait à vivre avant de gagner, à étudier dans une optique différente de celle de gagner un concours, sa vie, les reconnaissances , la prépa me semblerait autrement plus noble.

J’entends d’avance les rires narquois, et, peu me chaut, on a tous le droit au romanesque.

Je sais d’avance que je ne rallierai personne à ma cause, et il y a une sournoise consolation à cela : nos idées sont tellement différentes, qu’elles ne sont pas prêtes de se rencontrer.


Alexandra

Posté par maristou à 15:22 - Commentaires [15] - Rétroliens [0]

29 janvier 2008

L'allégorie des maths

6


Lundi, 9h11.

Voilà 71 minutes que je subis léthargiquement les équations différentielles linéaires du second ordre à coefficients non constants, non homogènes.
When routine bites hard.
L'effet du poids écrasant d'un parpaing de deux tonnes qui me plaque le front sur la table gris triste typique scolaire.

Mais il arrive que la routine soit temporairement déroutée.
BBBBRRRROUUUUMMMMRRRRNNNNNRRRRRROOOOAAAA
BBBBBBMMMMOOOOOORRRRRMMMMM ..
on multiplie y1 par ...
MMMMRRRRRAAAAAANNNNNRRRRRRROOOOOOBBBBBB
MMMMMMMMMAAAAAAARRRRRR ...
les valeurs propres de la matrice ...
BBBBBMMMMMMMOOOOOOOAAAA..

Les travaux. Dans la pièce d'à côté. Ca fait trembler ma carcasse flasque.
Ma tête est aussi proche de l'explosion que le ventre tendu et sphérique du prof de maths.

C'est à en devenir paranoïaque. "Ils" veulent ma cervelle, "ils" veulent le contrôle.
Depuis un an et demi, je lutte. Je tangue, mais je tiens bon. Je suis un élément coriace, une sangsue qui essaye de pomper la moindre goutte de sang-sibilité qu'il reste, mais aujourd'hui la denrée se fait plus rare que jamais.
Alors "ils" ont déballé l'arme secrete, jusqu'alors insoupçonnable : les marteaux-piqueurs, pour me piquer et me marteler la tête.

MMMMBBBBBOOOOORRRRRRRAAAAA
AAANNNNNMMMBBBBBBOOOOORRRR ..

C'est une idée assez ingénieuse; ces bruits, assurément pour lesquels le mot V-A-C-A-R-M-E a été inventé,
RRRRRRROOOOONNNNNNBBBBAAAAAAA
MMMMMM,
sont en train de transformer la pulpe ferme de mon encéphale en 100% pur jus de matière grisâtre.

"Ils" ont gagné : Je me métamorphose en play-doh.
Mais enlevez de votre esprit cette image féérique d'une fille en pâte fluorescente qui scintille de ses multiples paillettes
Imaginez plutôt un sorte de boule molle terreuse, le résultat d'un mélange hétérogène de pâtes à modeler de toutes couleurs, de poussière organique, d'ongles dédoublés et de cheveux fourchus.

Ah ça non, la prépa, ce n'est pas beau à voir.

Pauline

Posté par maristou à 12:59 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

08 février 2008

Anti (?) prépagande

Quelle étrange affiche placardée sur les murs de ma classe.

Bien résignée à échapper au déroulement abrutissant du cours, je cherche, chaque jour, de quoi divertir mon esprit ennuyé. Aujourd'hui, je suis tombée sur ça.

(Les produits chimiques ...  La prépa : )

ca_tue

J'ai l'intime conviction que la personne qui a accroché ça pensait : "message spécial pour vous sups et spés, plaquez tout avant de subir les dommages corrosifs de la prépa corrosive !"

Bref.
Après cette petite et fraîche introduction, je vous amène au coeur de ce post :

Pour vous, lecteurs (j'ai l'audace de mettre un pluriel) , la clémence et la générosité se reniflant dans l'air, un cadeau très crémeux ce soir:
L'ultime objet-souvenir-qui-témoigne-tellement-clairement-de-l'-horreur-de-la-prépa : la PHOTO DE CLASSE !
Mesfuturestaupines et Mesfuturstaupins, appréciez cette image absolument représentative de l'humeur générale qui règne dans l'intimité des crânes malmenés des prépa-blessés.

Sourires forcés
Sourires malsains
Masques de bonheur en carton
Visages radieux honteusement menteurs qui essayent tous de dire "mais oui, je me plais ici, ne vous en faites pas, tout est pour le mieux, dans la meilleure des classes" mais qui, evidemment, n'y arrivent pas le moins du monde.

Projet1

Ne me cherchez pas sur cette photo, mon âme est ailleurs, et bien loin d'ici.

Pauline

Posté par maristou à 22:35 - Commentaires [5] - Rétroliens [0]

31 mai 2008

Sous la loupe binoculaire, une tête de criquet.

bcpst


Sous la loupe binoculaire, une tête de criquet.

Épinglée sur du polystyrène souillé, éclairée sous une lumière parfaite. Il avait fallu lui couper, sa tête. Non, pire, on la lui avait arrachée en la tournant sur elle-même. Retour aux jeux primitifs et curieux de l'enfance, où l'on arrache les ailes, les pattes, la tête des insectes qui rampent au sol avec dégoût, fascination, culpabilité délicieuse. Le criquets se réveillent, remuent des pattes, on les a tué avec trop de négligence. Les élèves ne sont plus des enfants, ils pensent que désormais ils ont une conscience, et cette conscience leur dit: on n'arrache pas les membres d'un insecte vivant, on l'immole auparavant de la façon la plus indolore possible.

Un étudiant se propose pour la décapitation, il accepte d'endosser pour un moment le rôle du bourreau efficace. Alors, au nom d'une éthique vague et douteuse, il empoigne un premier criquet et fait des tours avec sa tête dans le but de la décrocher « sans souffrance ».

Nous voilà tous rassurés, les criquets n'ont pas soufferts, puisqu'ils n'ont pas crié. Nous pouvons travailler.

Moi comme les autres, j'applique mes yeux contre les oculaires de la loupe et je contemple la belle et grosse image de la tête de mon criquet, qui m'apparait aussi grande de mon poing. Grâce à la qualité indiscutable du matériel à notre disposition ce matin là, je peux admirer tous les infimes détails de la tête de l'insecte. Mais qu'est ce qui me surprend, m'horrifie? La tête du criquet est complètement ensanglantée. Je triture sa bouche avec une épingle, elle est gluante de sang. Donc, les criquets, s'ils ne crient pas lors de leur mise à mort, saignent quand même. Voilà une chose que j'aurais aimé savoir, enfant. Maintenant je m'apprête à faire quelque chose de totalement absurde, mais qui avait à ce moment précis, tout son sens. Avec des épingles, toujours les yeux sur les oculaires, j'arrache, une à une, dans un ordre établit, logique, les minuscules morceaux qui constituent la bouche du criquet. Ça s'appelle « pièces buccales ». Vous transpercez une tête d'insecte et vous enlevez ses pièces buccales, que vous disposez avec soin sur du papier blanc, que vous couvrez de ruban adhésif. Au fur et à mesure, la tête de criquet ressemble de moins en moins à une tête de criquet.

Soit vous êtes disciplinés, voir intéressés,et vous ne vous posez pas de question, dans ce cas vous accomplissez votre « travail » comme s'il s'agissait de l'effeuillement poétique d'une marguerite dont vous colleriez ensuite les jolis pétales en cercle sur un papier bristol. Ou bien, une idée de vous même et de ce que vous êtes en train de faire viens inopinément arrêter votre geste.

Je m'imagine, au dessus de moi-même, à m'observer, le dos courbé, cachant l'horrible méfait que je suis en train d'accomplir, que je tente, maladroitement de légitimer par la présences de mes pinces, de mon scalpel et de la loupe binoculaire. J'ai honte, et j'ai envie de rire aussi. Mais qui donc a eu cette idée? Que veut-on tester chez nous? Notre minutie, notre soin? Je doute que ce soit pour nous apprendre quelque chose. Des photos eurent été bien suffisantes. Non, cela doit être pour voir jusqu'à quel point nous pouvons ignorer nos inhibitions au nom de notre réussite. C'est plutôt futé dans un sens.

Ce jour là je fus minutieuse, soigneuse,acharnée, presque sourde à ma tenace désapprobation concernant ce « travail ». Je présume que l'idée de la réussite avait pris un bel avantage sur celles du ridicule et de l'absurde. Jusqu'à ce que je rentre chez moi, pour regarder mes notes sur le net, ainsi que mon classement. Jolie déception qui n'égala en rien la colère de ma fierté toute offensée.

Et puis j'ai repensé à ce criquet, à cette mouche, à ce hanneton et à leurs têtes que j'avais démontée comme des maquettes miniatures, pour la réussite, avec la satisfaction du travail bien fait.

Alexandra.

Posté par maristou à 14:13 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]